En 2013, quelques mois après l’autorisation de vente en ligne de médicaments OTC[[4]](#ftn4) via des sites agréés de pharmacies, 11 % des Français se disent prêts à se procurer des médicaments par ce biais[[5]](#ftn5), alors que 77 % des internautes ont déjà effectué des achats en ligne[[6]](#_ftn6). Les Français ont toutefois bien conscience du danger que peut représenter l’achat de médicaments sur le web s’il est effectué sur des sites frauduleux, et 91 % d’entre eux considèrent les médicaments contrefaits comme une menace importante.

Depuis 2013, la vente sur internet de médicaments sans ordonnance est autorisée en France. L’heure d’un premier bilan est maintenant venue. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 50 % des médicaments proposés à la vente sur des sites Internet dissimulant leur adresse physique seraient des contrefaçons. Un chiffre alarmant lorsqu’on sait que les achats en ligne se multiplient chaque année.
En 2012, 56 % de la population en France métropolitaine avait déjà réalisé des achats sur Internet tous produits confondus, contre seulement 32 % en 2007
[1].
Pour les produits pharmaceutiques, c’est une autre problématique. En France, la chaîne de distribution du médicament est sous contrôle pharmaceutique, tant que les achats se réalisent dans des officines. Une pharmacie en ligne, en revanche, peut être localisée dans un pays étranger et vendre des médicaments en Europe et ailleurs. L’acheminement se réalisera alors par courrier ou colis postal.
Dans ce contexte, les Français se lancent-ils dans ce nouveau mode d’achat et pourquoi ?
L’achat de médicaments en ligne : une évolution encore timide
Plusieurs enquêtes ont été publiées récemment. Elles démontrent que des freins de l’achat de médicaments sur Internet sont encore présents en France. Cela, malgré la mise en ligne de la liste des pharmacies autorisées à vendre des médicaments sur Internet[2] et l’attrait sans cesse grandissant pour les achats sur le net.
Comme toute nouveauté, le démarrage prend du temps et affronte une phase de réticence. Cependant, l’utilité se concrétisera du fait du besoin de personnes ne pouvant se déplacer, ou n’ayant pas le temps, ou n’osant consulter un médecin ou un pharmacien, pour une pathologie inavouable, ou encore pour réaliser une « bonne affaire ». D’autres patients-internautes peuvent rechercher, quant à eux, des médicaments non autorisés en France.
Sur 22 482 officines « physiques » que compte la France, seulement 151 e-pharmacies sont maintenant autorisées, dont 22 en Ile-de-France[3], ce qui représente moins de 1% des pharmacies françaises.
En 2013, quelques mois après l’autorisation de vente en ligne de médicaments OTC[4] via des sites agréés de pharmacies, 11 % des Français se disent prêts à se procurer des médicaments par ce biais[5], alors que 77 % des internautes ont déjà effectué des achats en ligne[6]. Les Français ont toutefois bien conscience du danger que peut représenter l’achat de médicaments sur le web s’il est effectué sur des sites frauduleux, et 91 % d’entre eux considèrent les médicaments contrefaits comme une menace importante.
En 2014, une enquête révèle que 95 % des Français pensent que les contrefaçons de médicaments se trouvent essentiellement sur Internet. Et 63 % achètent en ligne pour économiser[7]. Un réflexe qui tend à se développer nonobstant le danger que peut représenter l’achat de certains produits sur le net, tels que les médicaments.
Toujours d’après une enquête, plus de la moitié des Français ne savent pas si la vente en ligne de médicaments est autorisée en France et seulement 1,9 % des Français déclarent avoir déjà acheté des médicaments en ligne. Une pratique encore peu répandue mais qui semble s’amorcer. Par comparaison avec nos voisins européens, l’achat de médicaments en ligne a évolué progressivement en Allemagne, au Royaume-Uni et en Belgique.
A ce jour, 45 % des Français n’envisagent pas de se procurer des médicaments sur le web, même si leur pharmacie habituelle possédait un site Internet[8].
Faut-il avoir peur de l’achat de médicaments sur le net ?
A priori non, si les acheteurs respectent quelques principes de base comme acheter les médicaments sans ordonnance sur les sites autorisés par le ministère des Affaires sociales et de la Santé et le Conseil de l’ordre national des pharmaciens. Ces sites sont des pharmacies adossées à des officines physiques[9]. En France, l’achat de médicaments est sécurisé par une chaîne d’approvisionnement du médicament très encadrée et sécurisée.
A priori oui, si les acheteurs ont des doutes sur les sites qui vendent des médicaments soumis à prescription comme des antibiotiques ou des antipaludéens ; se méfier également des sites aux textes remplis de fautes d’orthographe ou qui proposent des tarifs si attractifs qu’ils en deviennent douteux. De plus, l’achat en ligne de médicaments doit respecter la loi du pays d’émission et de destination du produit. Le médicament doit également avoir reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) incluant le territoire français.
Comme le rappelle le ministère des Affaires sociales et de la Santé, « la qualité et la sécurité des médicaments achetés sur un site non autorisé ne sont pas garanties. Des médicaments falsifiés (faux médicaments ou faussement étiquetés) ou contrefaits peuvent y être proposés.» Les sites étrangers peuvent vendre en France dès lors qu’ils respectent les obligations légales, dont la seule livraison des médicaments OTC[10] en France.
D’après le rapport des douanes françaises pour l’année 2013, les faux médicaments arrivent en tête des principales saisies avec plus de 1,35 million d’articles. Bien avant les vêtements, les chaussures, les jeux et les téléphones mobiles. Une évolution permanente et extrêmement inquiétante pour la santé publique.
En 2015, un logo officiel d’accréditation figurera sur tous les sites européens de vente en ligne de médicaments, dont les sites français.
Le nouveau créneau privilégié de la criminalité organisée ou la cybercriminalité pharmaceutique
30 % des revenus du crime organisé proviennent de la contrefaçon, soit probablement autour de 270 milliards de dollars. Des chiffres édifiants lorsqu’on sait que les médicaments falsifiés rapporteraient 20 à 45 fois plus que le trafic de fausse monnaie et d’héroïne. Les pays les plus ciblés sont les pays d’Amérique Latine, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique Subsaharienne. Pourtant Internet ouvre l’accès à toutes les populations du monde. Le danger est maintenant réel, extrêmement grave et croissant.
Récemment, plusieurs cas significatifs de trafic de faux médicaments ont été révélés. En février 2014, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met en garde le public contre l’achat sur Internet d’autotests de dépistage du VIH / Sida. Contrairement aux affirmations de sites marchands, il n’existe à ce jour aucun autotest VIH validé par la réglementation européenne.
Devant la recrudescence des sites Internet mettant à disposition des produits pharmaceutiques introuvables dans les pharmacies françaises ou à des prix bien plus abordables, des opérations menées par les autorités répressives et de santé dans le monde se mettent en place. En juin 2014, une opération d’envergure internationale, organisée par Interpol, visait plus particulièrement la cybercriminalité pharmaceutique et a permis la fermeture de 10 600 sites illégaux de commerce électronique de médicaments[11] dans le monde.
Que faire pour se protéger des contrefaçons de médicaments sur le net ?
Dans ce contexte, l’IRACM publie ses recommandations concernant les bonnes pratiques d’achat de médicaments ou produits pharmaceutiques en ligne :
RECOMMANDATIONS pour identifier les faux sites
En France, l’achat en ligne de médicaments sans ordonnance est sécurisé et une e-pharmacie doit être accréditée par les autorités de santé. Tout site de vente de médicaments doit être considéré comme suspect, notamment s’il comporte les signes listés :
- Tout d’abord rechercher des signes évidents : une image étrange sur la boîte de médicaments, des langues étrangères pour le pays, des couleurs ou des caractères étranges, des fautes d’orthographe.
- Les médicaments autorisés à la vente en ligne en France sont des médicaments sans ordonnance. Tout médicament vendu sur ordonnance ne doit pas être acheté en ligne sur des sites français ou étrangers. Ils ne sont pas autorisés à la vente en France.
- Il peut être difficile de détecter à l’œil un produit illicite. La meilleure façon est de considérer le prix demandé. Si le prix est anormalement bas, sans aucune forme de coupon ou promotion spéciale, alors il peut être illicite.
- Certains sites de vente de médicaments sur internet usurpent des noms de domaine à consonance française afin de tromper l’internaute. Vérifier la légitimité du site et ne pas faire confiance à une adresse « .fr ».
- Essayer de faire des achats dans les magasins établis et de confiance qui sont liés aux chaînes d’approvisionnement légitimes.
- Enfin, consulter la liste des pharmacies françaises autorisées à vendre des médicaments sur Internet sur le site du Ministère de la Santé et le Conseil de l’ordre national des pharmaciens[12]. « Seul l’achat de médicaments sur un site Internet autorisé par une agence régionale de santé (ARS) garantit la qualité et la sécurité du médicament commandé », rappelle le ministère de la Santé.
En conclusion, Internet étant devenu un outil d’achat et de vente incontournable en France et dans le monde, force est de constater que nous devons maintenant nous résoudre à une forme de libre accès, tout en respectant une législation nationale et internationale. L’achat de produits sur le net peut paraître très attractif pour les consommateurs de par leur coût modéré.
Toutefois, le consommateur-patient ne peut pas mettre sa confiance dans un site Internet comme dans une officine physique. Le site Internet peut abriter des trafiquants, de faux pharmaciens, tout comme des pharmaciens habilités à la vente en ligne. Un conseil s’impose : ouvrez l’œil et vérifier les sources des sites consultés !
Pour plus d’information, consulter notre page « Pharmacies en ligne : la situation en France ».
[1] Source : Insee.
[2] Liste des pharmacies autorisées à vendre des médicaments sur Internet par les Agences régionales de santé.
[3] En juin 2014.
[4] OTC : over-the-counter, soit sans ordonnance.
[5] Enquête réalisée par IPSOS pour le LEEM en mars 2013.
[6] Médiamétrie
[7] Enquête Happycurious réalisée de 7 au 17 avril 2014 pour Sanofi sur un échantillon de 5010 personnes.
[8] Enquête Happycurious réalisée de 7 au 17 avril 2014 pour Sanofi sur un échantillon de 5010 personnes.
[9] Consulter la liste des conditions pour mener une activité de vente en ligne de médicaments (paragraphe III.1).
[10] OTC : over-the-counter, soit sans ordonnance.
[12] Liste des pharmacies autorisées à vendre des médicaments sur Internet par les Agences régionales de santé (ARS).